Heroin Highways

Dans The Economist cette semaine est paru un article intitulé Heroin Highways, qui traite de la situation du marché de l’héroïne en Afrique. L’occasion de voir en quoi, le trafic de drogue peut être étudié au prisme de l’analyse économique.

L’article commence sur le portrait d’une toxicomane sud-africaine, qui vend des oranges et des avocats dans la rue et, si la recette de la journée est insuffisante pour se payer sa dose d’héroïne, se prostitue le soir atteindre son revenu cible. Sa consommation d’héroine est de 3/4 cailloux par jours à 30 rands (2 euros) le caillou. Sa situation est loin d’être isolée et elle est d’autant plus remarquable, et préoccupante, que jusqu’à récemment, l’héroïne était rare en Afrique, où sa présence était cantonnée aux zones touristiques ou aux zone riches. Cependant, depuis 2006 la croissance de la consommation d’heroïne en Afrique a explosé et cette croissance est largement supérieure aux autres continents. Même en 2008, la consommation d’héroïne était largement équivalente en Afrique et aux Etats-Unis (source: UNODC).

The Economist note, comme l’indique le rapport de l’agence de l’ONU sur les drogues et le crime (UNODC), que l’Afghanistan produit 85% de l’héroïne mondiale. Suite à l’apaisement de la situation locale, la production est repartie à la hausse: en 2017 la production d’opium afghan a ainsi augmenté de 65% (10 500 tonnes). Cette hausse de l’offre doit ainsi se placer sur les marchés, typiquement l’excès d’offre entrainant une tendance des prix à la baisse. Cependant, l’écoulement de la production d’opium afghan se heurte à une difficulté de taille: la guerre en Syrie a rendu difficile la route des Balkans (du “nord”). Comme l’indique la carte ci-dessus, il y a eu un développement en conséquence de la route du “sud”.

Du point de vue des trafiquants de drogue en tant que producteur microéconomique, le fait que la route du nord soit plus difficile d’accès consiste une hausse du prix de ce facteur de production “route du nord”. Le choix rationnel, de minimisation de la dépense, implique alors une substitution vers un autre facteur de production, la “route du sud” ici. C’est une illustration du fait que les trafiquants de drogue minimisent leurs dépenses afin de maintenir leurs coûts à un niveau compétitif. Certes la route du sud coûte plus cher en temps de transport mais elle reste la meilleur solution. Par ailleurs, cette route de la drogue fait qu’elle a également moins de chance d’être saisie. Un trafiquant raisonnant en espérance (en moyenne statistique) a donc intérêt à choisir cette route du sud. Ce qui montre que les trafiquants ne sont pas bons qu’en trafic, mais également en calculs de probabilités.

Idris Elba (Stinger Bell) assistant à un cours d’économie dans The Wire

L’article détaille l’impact de la consommation d’héroïne: certes, cette dernière a des conséquences privées (la consommation a un impact sur le consommateur), mais génère également de nombreuses externalités dont beaucoup (mais pas toutes, comme détaillé dans l’article suivant de The Economist) sont négatives. Ces externalités sont liées soit au trafic: la consommation d’héroïne développe les activités criminelles, fragilise la paix civile et promeut la corruption. Elles sont également liées à la santé publique: le partage de seringue favorise la propagation du Sida autre virus type hépatite. Le système d’échange de l’héroïne n’a rien à envier aux produits de grande consommation: les dealers sont souvent des consommateurs eux-mêmes et cette caractéristique génére un effet cumulatif de type “tupperwear”: plus de consommateurs donnent plus de dealers qui recrutent des nouveaux consommateurs. Par ailleurs, tel les géants du numériques, les dealers savent appâter le client par la gratuité: ils proposent des kits de démarrage quasiment gratuits aux nouveaux consommateurs et récompensent leur fidélité par 1 caillou gratuit tous les 5 cailloux.

Les dealers ressemblent sous certains aspects a des parfaits homo-oeconomicus: leur activité utilise deux facteurs de production que sont le produit et la “protection” par les gangs locaux, qu’ils combinent pour vendre leur cailloux. Le profit qu’ils retirent de leur activité, même en prenant en compte les risques, est bien supérieur aux salaires de 2$/jour qu’ils peuvent espérer dans le sud-est de l’Afrique.

L’article se termine en notant que l’héroine est la drogue en vogue en Afrique du sud actuellement, où elle a pris la place de la méthamphétamine. C’est encore une illustration de la théorie microéconomique, avec un exemple type de substitution, fondée ici en partie sur les effets physiologiques de la drogue, du fait de la plus grande efficacité de l’héroïne injectée dans l’atteinte d’états psychiques permettant d’oublier des traumatismes passés.

On peut finir cette analyse en débordant un peu le cadre de l’article pour voir ce que disent les économistes de la consommation d’héroïne et plus généralement du marché de la drogue. Dans un article paru en 2015 dans le Journal of Health Economics (Olmstead et al. (2015) The price elasticity of demand for heroin: Matched longitudinal and experimental evidence, Journal of Health Economics), deux stratégies empiriques utilisées pour estimer l’élasticité de la demande d’héroïne par rapport aux prix. La première stratégie exploite les variations de prix observées sur le marché. La seconde se sert de méthodes expérimentales auprès de consommateurs d’héroïnes. L’article montre que l’élasticité de la demande (conditionnelle) d’héroïne par rapport aux prix est d’environ -0.80, un chiffre assez proche de l’intervalle habituellement reconnu pour cette élasticité (autour de -0.3 pour le court terme et de -1 pour le long terme).Par ailleurs, l’article a la bonne idée d’estimer égalenent des élasticité-prix croisée du prix de l’héroine, qui sont de 0 pour la marijuana (pas d’effet croisé), 0.09 pour la bière (un petit substitut à l’héroïne) et de -0.04 pour la cocaine ( un complément donc de l’héroïne, peut être lié à des produits combiné comme les “speedballs”).

 

Les économistes se sont également penchés sur la lutte contre le trafic de drogue. Dans un article de 2004 paru dans le Journal of Political Economy (Becker, Murphy, Grossman (2004) The Market for Illegal Goods: The Case of Drugs, Journal of Political Economy), les auteurs cherchent à déterminer l’impact de la lutte contre le trafic de drogue sur le marché. Pour cela, ils font appel à la microéconomie (que c’est bien la microéconomie) et débutent par un marché très simple: une demande de drogue comme toute demande “standard” (les élasticités montrent que c’est le cas) et une offre infiniement élastique (concurrence sur le marché de la drogue implique que la drogue est vendu à son coût marginal, constant). Ce cadre simple, celui que nous reprenons ici, n’est pas limitatif, dans leur article, les auteurs l’étendent afin de prendre en compte des possibilités d’échapper aux poursuites pour les trafiquants, le choix du niveau de ressources optimale pour la lutte contre le trafic de drogue, des coûts hétérogènes entre producteurs de drogues. Ce cadre leur permet notamment d’étudier l’efficacité comparée des taxes sur des drogues légalisées et de la lutte contre le trafic (i.e des quotas). Une analyse simple, reproduite sur la figure suivante nous montre que avec une offre à coûts unitaires constants (prix= coût marginal), la guerre à la drogue (saisies, arrestations…) augmente le coût marginal de production donc le prix de vente.

Or, l’on sait que pour une demande inélastique (i.e sur une clientèle fidèle), une hausse de prix augmente le chiffre d’affaire. Dans le cas du trafic de drogue sur ce marché, le chiffre d’affaire passe en ressources consacrées au trafic de drogue. La conclusion s’impose à partir de ce simple graphique: la guerre à la drogue augmente… les ressources consacrées au trafic.

Je comprends désormais mieux pourquoi à chaque fois que Hank Shrader fait une saisie dans Breaking Bad, il y a un nouveau membre de la famille Salamanca qui débarque… Il me suffisait de regarder un graphique offre-demande!

Makers and Takers

Cette semaine dans The Economist est paru un article intitulé “Makers and Takers” qui reprend un des sujets favoris de l’hebdomadaire, à savoir l’impact des subventions sur un marché, un sujet que nous avions déjà abordé ici .

L’article traite de la construction d’une usine Foxconn (Taiwan) pour 10 milliards de dollars à Mount Pleasant dans le Wisconsin. Cette usine a été prévue pour fabrication des écrans de télévisions LCD. Selon le président Trump, qui a inauguré l’usine, pelle en or en main, elle constitue la “8ème merveille du monde”. D’un point de vue du montant de l’investissement financier c’est certainement vrai, il s’agit en effet du plus important investissement direct étranger aux Etats-Unis.

L’article de The Economist utilise une simple analyse coûts-bénéfices pour faire une première étude de l’intérêt de la “merveille”. Les bénéfices attendus, largement mis en avant par les promoteurs du projet sont 13 000 emplois à 50 000 $/an pour les travailleurs peu qualifiés, dans une région en perte de vitesse, surtout connue pour ses usines de tracteurs (remarquez d’ailleurs le joli tapis de tracteurs en arrière plan de la photo d’inauguration, quel talent de communication par l’arrièr plan périphérique!). Comme souvent, les bénéfices sont représentés en termes d’emplois, comme s’il s’agissait de l’alpha et l’oméga de la mesure de la performance ou de la désidérabilité économique. Les coûts de l’implémentation de l’usine sont nettement moins mis en avant: peu de commentaires sur le fait que Foxconn pourra pomper largement l’eau du lac Michigan, que les règlementations sur les limitations du fog ont été assouplies pour l’occasion et qu’elle bénéficiera d’un régime juridique particulier. Mais le plus étonnant est le silence (hormis celui des économistes) poli sur les subventions versées à Foxconn pour l’implémentation de son usine.

Pour certaines firmes, la compétition fiscale a laissé la place à la compétition par les subventions: il ne s’agit plus de s’implanter là où les impôts sont les plus faibles, mais de s’implanter là où les subventions à l’implantation seront les plus fortes. Par exemple Amazon a mis en concurrence les Etats américains pour l’implantation de son siège social (25 000 à 40 000 emplois promis), et à choisi dernièrement New York. The Economist cite une source évaluant à 6% des salaires totaux attendus le montant des subventions versées à Amazon pour l’occasion, bien loin des 1% proposés par la Virginie. Pour Foxconn, le montant des subventions (4.5 milliards de dollars) représente, selon la source citée par The Economist, 35% (sic) des salaires attendus sur 20 ans.

Comme le souligne The Economist, faisant un peu d’arithmétique (même pas monétariste) déplaisante, cette subvention doit bien être payée par quelqu’un: soit par une hausse des taxes, soit par une baisse de dépenses (d’éducation, de santé…). Si les prélèvements obligatoires doivent rester constants pour des raisons politiques, alors la seconde alternative est la seconde solution.

En microéconomie l’effet des subventions est connue: elles introduisent une différence entre le prix que paye l’acheteur et celui qui est versé au vendeur. Une subvention correspond à une réduction du coût marginal permettant d’augmenter l’offre sur le marché. Sur le graphique joint, la subvention déplace l’offre vers la droite. On peut se demander à quoi renvoie les perspectives de 13 000 emplois à 50 000 $/an sur ce graphique: est-ce à la vision naive que les prix de marché restant stables, les quantités produites seront égales à la prévision (Qprev)? Ou est-ce à la valeur de la production qui se réalisera à l’équilibre (en Q*) une fois l’excès d’offre généré par l’augmentation de l’offre absorbé par le jeu des forces du marché (baisse des prix, hausse de la demande de Qinit à Q*, réduction de l’offre excédentaire de Qprev à Q*). L’optimisme béat des créations d’emplois peut laisser penser que les prévisions sont des prévisions naives et non des prévisions à l’équilibre….

Le raisonnement en termes d’équilibre montre que l’optimiste sur la soi-disante merveille doit être tempéré. L’article se termine sur un note encore plus pessimiste que ce que suggère le raisonnement à l’équilibre. En effet, la saturation des marchés des produits numériques (que nous avons étudié pour le marché des smartphones), laisse penser que des ajustement sur les perspectives de production de Foxconn sont à attendre. The Economist prévoit que Foxconn pourrait mécaniser plus son usine et alors embaucher moins que prévu de travailleurs locaux. Pour un microéconomiste, c’est le signe d’une “substitution capital-travail” rendue nécessaire par l’ajustement aux conditions du marché. On peut alors s’attendre à ce que la recherche (la “demande”) de travailleurs non qualifiés par Foxconn diminue (car c’est un facteur de production substituable aux “machines”) et ce qu’au contraire le recherche (la “demande”) d’ingénieurs et de cadres (qui sont des facteurs de production complémentaires au capital) augmente. Or, la région ne dispose par d’un tel réservoir de main d’oeuvre qualifiés. Au total, les subventions à l’arrivée de Foxconn profiterons donc aux acheteurs d’écran (qui voient le prix baisser grace à la subvention), aux travailleurs qualifiés recrutés, mais non aux contribuables locaux qui verront les dépenses publiques diminuer sans pour autant avoir de (bien) meilleurs perspectives d’emploi… Sans compter l’impact environnemental à terme. En bref comme tout bon manuel de microéconomie, la subvention a de forte chances de profiter aux nouveaux acheteurs d’écran, à Foxconn mais pas à la collectivité qui réglera in fine la subvention.

Le titre de l’article semble pouvoir être pris à plusieurs niveaux: il ressemble à une plaisanterie de microéconomiste: au lieu de la traditionnelle différence entre “price makers” (i.e les agents économiques ayant un pouvoir de marché) et “price makers” (les agents économique opérant en concurrence parfaite, sans pouvoir de marché), l’article montre que ceux qui “prennent” les subventions (les takers) ne sont pas  ceux qui les font (les contribuables, les makers). Un autre sens, plus orienté économie politique, pourrait être que ceux qui “prennent” (les effets de la politique, des policy takers) ne sont pas ceux qui la “font” (les policy makers). En finance, l’interprétation sera encore différente, en politique elle renverra à une citation de Ronald Reagan,etc, etc. Subtils, ces anglais…

Chickenomics

Cette semaine dans The Economist est paru un article sur l’économie du poulet (“Chickenomics“), qui décrit l’extraordinaire développement du marché du poulet au niveau mondial, tel qu’il tient désormais le perchoir (“ruling the roost”). L’occasion de voir en quoi les principes microéconomiques de mesure comparative, de coût marginal et d’externalités sont essentiels pour saisir les phénomènes sur un marché d’une telle importance mondiale et sur ses conséquences.

Le point de départ de l’article, l’augmentation de 70% en 30 ans de la consommation de poulet est un exemple type du besoin d’avoir une situation de référence pour porter un jugement. La question qui se pose, et qui se poserait que l’augmentation de la consommation soit de 2%, de 17% ou de 104% est de savoir si cette augmentation est si remarquable que cela. En effet, l’augmentation de la consommation de poulet peut-être simplement une partie d’un mouvement plus global d’un changement de régime alimentaire, plus orienté vers la viande. Si c’est le cas, alors la consommation de toutes les viandes doit avoir augmenté.

Le premier graphique de l’article, reproduit ici, illustre l’importance d’avoir une situation de références pour juger de l’importance d’une mesure. En prenant comme point de référence le porc et le boeuf, on peut effectivement voir que la consommation de poulet a connu un véritable boom.

Désormais,23 des 30 milliards d’animaux de ferme sont des poulets. Face à l’évolution de cette production, se pose une difficile question d’identification: est ce que l’évolution est liée à une simple hausse de la demande (qui se traduirait alors par un mouvement du prix à la hausse), à une hausse de l’offre (qui se traduirait alors par un mouvement du prix à la baisse) ou aux deux. Une première indication nous montre l’importance de l’offre, puisque la livre (453,592 grammes) de poulet est passée de 1.92$ à 1.71$ (en prix réels) depuis les années 60, alors que la livre de boeuf est quant à elle passée de 1.17$ à 5.80$ (en prix réels) dans le même temps. L’offre s’est accrue du fait du nombre de poulet (à la marge extensive), mais également du fait de la taille des poulets (à la marge intensive),puisque le poids du poulet de 56 jours a été multipliée par plus de 4 en 50 ans: de 0.9 kg dans les années 1950, il est désormais de plus de 4 kg.

Une preuve supplémentaire de l’évolution de l’offre est lié aux inputs utilisés dans la production de poulets: de 2.5kg de grain pour 1kg de poulet en 1985, on est passé à 1.3kg de grain pour 1kg de poulet maintenant. A prix du grain constant, cela correspond à une baisse du coût marginal (synonyme d’une hausse de l’offre en microéconomie).

L’article s’intéresse également à la demande de poulet et montre clairement en quoi les déterminants de la demande (les préférences ici) influencent l’équilibre du marché (du poulet). Alors que les pays occidentaux préfèrent nettement le blanc de poulet, les pays asiatiques préfèrent les cuisses et les pattes. En conséquence, les prix de marché (toutes choses égales par ailleurs) révèlent ces préférences: le prix du blanc est 88% plus important que le prix des cuisses aux US mais il est 12% moins important que le prix des cuisses en Indonésie. Cette forte complémentarité des marchés au niveau international (les cuisses peuvent être vendues en Indonésie et les blancs aux Etats-Unis), explique pourquoi le poulet est un point très sensible des négociations commerciales internationales.

L’article se termine par une claire illustration de la notion d’externalités. Le boom du marché du poulet entraine des conditions d’élevage plus que difficiles pour les animaux. Economiquement, cela implique que le marché génère nombre d’externalités négatives pour les agents que sont poulets (difficile cependant de qualifier les poulets d’agents  véritablement “économiques” au sens où ils font face à peu d’arbitrages ayant peu de décisions à prendre). Au delà de leur décès (externalité négative qui peuvent être vue comme compensée par le fait d’avoir exister pour cela, discutable, mais au delà de notre perspective), la souffrance animale est la conséquence de l’échange sans que le poulet, en tant qu’agent, soit compensé pour sa souffrance. Améliorer les conditions d’élevage (et l’augmentation du coût de production qui va avec) peut donc être vu comme une manière d’internaliser une partie de l’externalité et de réduire le gaspillage de souffrance animale généré par le marché.

La conclusion de l’article ironise sur la différence entre préférences déclarées et préférences révélées. Dans une logique très microéconomique, The Economist opte clairement pour les préférences révélées en insistant que si il est à la mode de déclarer son intérêt pour les régimes détox à base de plante et de se désoler – dans le discours- de la surconsommation de viande, ce que révèle l’existence de 23 milliards de poulets est un amour fondamental du poulet: les choix révèlent les préférences.

Peak Smartphone

Dans The Economist cette semaine sont parus deux articles traitant de la saturation du marché des smartphones, l’occasion de voir la microéconomie sous-jacente à l’analyse de ce marché.

Le contexte est le suivant: l’année 2017 a vu -pour la première fois depuis leur apparition- un léger recul des ventes mondiales de smartphones, ce qui a fait chuter le cours des actions d’Apple, de Samsung et de nombre de leurs fournisseurs.

Le smartphone par IBM (en 1992)

Le premier article, court, tend à montrer que l’arrivée à saturation du marché des smartphones, si elle est une mauvaise nouvelle pour Apple, est en fait une grande nouvelle pour l’humanité. L’argument utilisé pour appuyer cette analyse est un argument typique de l’analyse coûts-avantages, appliqués aux smartphones. Dans la catégorie avantages, The Economist met en avant trois éléments principaux: ils rendent les marchés plus efficaces; ils compensent la faiblesse des infrastructures dans les pays en développement; ils stimulent la croissance. Dans la catégorie “coût” sont nominés la perte de temps et d’attention associés à leur utilisation intensive et compulsive et leur rôle dans la diffusion de la désinformation à grande échelle. Cependant, pour The Economist, la capacité des smartphones à diffuser, collecter et aider les utilisateurs à analyser de l’information est une chose précieuse, qui par les besoins que fonctionnalités aident à remplir dans les pays en développement font que les bénéfices du smartphone sont largement supérieurs à ses coûts. C’est donc leur capacité à se substituer à des infrastructures défaillantes ou inexistantes qui remporte la palme. L’article envisage également la saturation comme une source d’avantages en elle même: il est effectivement nettement moins risqué de développer des applications (matérielles ou logicielles) sur une technologie arrivée à maturité que sur une technologie en devenir. Ainsi, si la maturité est une mauvais chose pour la croissance des fabricants de smartphones, mais elle démontre au niveau mondial l’universalité de cette technologie de communication, et par là même la formidable valeur économique qu’elle a apportée à ses utilisateurs en à peine 10 ans.

Le second article détaille ces aspects et compare le cycle du marché du smartphone avec celui de l’ordinateur personnel, qui avait atteint un pareil pic de saturation en 2011. L’article est plus ardu et utilise nombre d’outils habituels de la microéconomie. Sur le marché des ordinateurs personnels, Apple avait, et a toujours, choisi de se concentrer sur le haut de gamme, pratiquant des prix bien au dessus de la moyenne du marché. Sur le marché des smartphones, où l’identification de l’utilisateur à l’appareil est plus important que pour un ordinateur, Apple fait le même pari avec des smartphones très haut de gamme, supposant que la hausse des prix fera plus que compenser la baisse des ventes. L’argument utilisé par The Economist pour illustrer la stratégie d’Apple repose ainsi implicitement sur l’idée que la demande d’Iphone est (fortement?) inélastique. A l’inverse, sur le segment des smartphones Android, c’est l’inverse qui semble se produire: la baisse des ventes a accru la compétition entre les fabricants de smartphones, signe d’une élasticité-prix bien plus marquée sur ce segment de marché. Dans ce contexte, seuls les fabricants ayant des coûts suffisamment bas (même si The Economist ne le spécifie pas, on image que c’est en niveau ou pour des raisons d’échelle de production) pourront soutenir l’évolution du marché, ce qui rend la position des “petits” (LG , Sony, Nokia) difficile, voire intenable à terme. Quoiqu’il en soit, la maturité est ici également source de profits futurs, peut être moins sur les matériels que sur leurs compléments, les applications qui y sont nichées. Plus généralement, la question qui se pose est de savoir quelle est le produit qui va se substituer au smartphone dans le cycle de l’innovation: est ce que sera ces applications logicielles? des systèmes de télévision à la demande? des assistants domestiques? ou encore des montres connectées avec des applications de santé permettant divers types de surveillance médicale?

Paul Douglas (de la fonction éponyme de Cobb-Douglas)

La lecture de cet article permet en tout cas de pratiquer largement la microéconomie tant les notions de coûts, d’échelle de production, de concurrence, d’élasticités, de complémentarités et substituabilités sont au coeur de l’analyse présentée dans cet article, même si on a un peu de mal à s’y retrouver tant ils sont imbriqués. On aurait bien besoin d’une app de micro-économie pour y voir plus clair.

Armed with a crystal ball

Dans The Economist cette semaine est paru un article intitulé « Armed with a crystal ball». Cet article traite de l’ascension et de la performance d’une firme britannique Arm, récemment rachetée par un conglémérat japonais SoftBank. A première vue, l’histoire de Arm a tout de la success story: Arm conçoit des schémas de puces et depuis sa fondation en 1990, 130 milliards de puces issues de ses schémas ont été vendues dans le monde par ses clients. Ceux-ci achètent le code designé par Arm, et payent des royalties sur chaque produit contenant le schéma de la puce. Sur la période 2008-2017, porté par le développement des smartphones, le taux de croissance des processeurs à base de puces designées par Arm a été de 21%.

La jolie success story continue avec l’arrivée du prince charmant (Masayoshi Son, le fondateur de SoftBank) qui a racheté Arm en 2016 pour 27 milliards d’euros, soit 43% de plus que sa valeur de marché. Une telle survaleur pose une question simple: d’où vient la valeur économique de Arm?

Si l’on se réfère à Jean-Baptiste Say, “l’utilité [des] choses est le premier fondement de leur valeur “, c’est donc de l’utilité de ses puces vues par Masayoshi Son que nait cette valeur de 27 milliards d’euros. Sa vision de la valeur de Arm est tellement forte qu’il a même demandé à Arm de baisser ses profits distribués pour les re-investir dans l’embauche de talents et le renforcement de son capital humain. En suivant Say, la production de ces schémas de puces est une création de richesse par leur utilité.  Il faut dire que l’utilité potentielle des puces concues par Arm est assez impressionnante, d’après certaines projections, chaque personne pourrait être connectée dans le futur à plus de 1000 objets connectés (detecteur de trafic, assistants de santé, drones, “boxes” diverses et variées et
infrastructures de reseaux nécessaire pour faire fonctionner tout cela ensemble). Tout cela nécessite encore et encore plus de puces, dont les besoins se multiplient encore et encore.

Certes,  Arm n’est pas seule sur le marché: Intel est historiquement très présente dans les data centers, et des (schémas de) puces open-source peuvent se développer pour venir la concurrencer.

Arm a cependant une avance notable sur certains marchés, tels que l’automobile, où elles est présente depuis 1996 sur  les puces multifonctions pour voiture. Arm est donc très bien placée dans le secteur des voitures autonomes, secteur qui a d’énormes besoins de puces (pour rester en ligne droite sur la route, inclure des écrans de toutes sortes dans les véhicules, et une fois de plus faire fonctionner tout cela ensemble). Des estimations indiquent que les voitures autonomes ont au minimum 10 fois les besoins en puces des smartphones les plus puissants, ce qui fait en puissance 10 fois plus de royalties. Tout cela est bien joli, mais on continue cependant de se demander pourquoi le prince charmant a payé 43% de prime au dessus de la valeur de marché pour la dote de Arm.

Toujours fidèle à son Jean-Baptiste Say, The Economist propose une nouvelle source d’utilité qui expliquerait une telle survaleur. Logiquement, lorsque Apple, Netflix, Mastercard et consorts planifient leur développement, elles anticipent leurs besoins en puces et contactent Arm pour qu’elles développent les puces dont elles ont besoin. Arm  a donc a sa disposition une boule de cristal sur l’économie et la société, largement supérieur aux instruments de prédictions habituels (marchés, experts…). Et c’est les 43% seraient quelque part le prix de la boule de cristal. A titre d’exemple donné par The Economist, les anticipations des besoins en processeurs suggèrent qu’il n’y aura pas assez de lithium sur terre pour alimenter toutes les puces issues des schémas de Arm. Arm travaille donc sur des puces autoalimentées par mouvements ou de sources de rayonnement de faible intensité pour palier à ce défi. Des procédés issus des  travaux des laboratoires universitaires de Cambridge, toute proche, et autres institutions de recherche. La source de valeur, la boule de cristal servirait principalement à orienter les investissements d’Arm vers les technologies les plus prometteuses, en s’appuyant sur les travaux gracieusement fournis par la recherche universitaire.

The subscription addiction

Dans The Economist cette semaine est paru un article intitulé « The subscription addiction ». Cet article traite de l’engouement, voire l’addiction, actuels des entreprises pour les abonnements des consommateurs, notamment dans le domaine du divertissement numérique. L’occasion de voir en quoi la microéconomie sert à structurer quasiment tout type de problème économique. Continue reading “The subscription addiction”

Smile you’re on camera

Jonathan Pryce dans Brazil de Terry Gilliam

Dans The Economist du 31 mars est paru un article intitulé « Smile you’re on Camera », traitant de la collecte de données personnelles au travail. L’occasion de voir les liens entre intelligence artificielle, gestion des ressources humaines et fonction de production.

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Net gains

(crédit: Le Cil Vert)

Dans The Economist du 10 Mars 2018 est paru un article intitulé Net gains, traitant de l’installation de nouvelles fermes piscicoles en Norvège. Une application simple et directe de la théorie de la firme néoclassique en microéconomie. Le point de départ de l’article est l’installation de nouvelles infrastuctures géantes dans les fermes d’élevage de poisson norvegiennes.  Continue reading “Net gains”