Peak Smartphone

Dans The Economist cette semaine sont parus deux articles traitant de la saturation du marché des smartphones, l’occasion de voir la microéconomie sous-jacente à l’analyse de ce marché.

Le contexte est le suivant: l’année 2017 a vu -pour la première fois depuis leur apparition- un léger recul des ventes mondiales de smartphones, ce qui a fait chuter le cours des actions d’Apple, de Samsung et de nombre de leurs fournisseurs.

Le smartphone par IBM (en 1992)

Le premier article, court, tend à montrer que l’arrivée à saturation du marché des smartphones, si elle est une mauvaise nouvelle pour Apple, est en fait une grande nouvelle pour l’humanité. L’argument utilisé pour appuyer cette analyse est un argument typique de l’analyse coûts-avantages, appliqués aux smartphones. Dans la catégorie avantages, The Economist met en avant trois éléments principaux: ils rendent les marchés plus efficaces; ils compensent la faiblesse des infrastructures dans les pays en développement; ils stimulent la croissance. Dans la catégorie “coût” sont nominés la perte de temps et d’attention associés à leur utilisation intensive et compulsive et leur rôle dans la diffusion de la désinformation à grande échelle. Cependant, pour The Economist, la capacité des smartphones à diffuser, collecter et aider les utilisateurs à analyser de l’information est une chose précieuse, qui par les besoins que fonctionnalités aident à remplir dans les pays en développement font que les bénéfices du smartphone sont largement supérieurs à ses coûts. C’est donc leur capacité à se substituer à des infrastructures défaillantes ou inexistantes qui remporte la palme. L’article envisage également la saturation comme une source d’avantages en elle même: il est effectivement nettement moins risqué de développer des applications (matérielles ou logicielles) sur une technologie arrivée à maturité que sur une technologie en devenir. Ainsi, si la maturité est une mauvais chose pour la croissance des fabricants de smartphones, mais elle démontre au niveau mondial l’universalité de cette technologie de communication, et par là même la formidable valeur économique qu’elle a apportée à ses utilisateurs en à peine 10 ans.

Le second article détaille ces aspects et compare le cycle du marché du smartphone avec celui de l’ordinateur personnel, qui avait atteint un pareil pic de saturation en 2011. L’article est plus ardu et utilise nombre d’outils habituels de la microéconomie. Sur le marché des ordinateurs personnels, Apple avait, et a toujours, choisi de se concentrer sur le haut de gamme, pratiquant des prix bien au dessus de la moyenne du marché. Sur le marché des smartphones, où l’identification de l’utilisateur à l’appareil est plus important que pour un ordinateur, Apple fait le même pari avec des smartphones très haut de gamme, supposant que la hausse des prix fera plus que compenser la baisse des ventes. L’argument utilisé par The Economist pour illustrer la stratégie d’Apple repose ainsi implicitement sur l’idée que la demande d’Iphone est (fortement?) inélastique. A l’inverse, sur le segment des smartphones Android, c’est l’inverse qui semble se produire: la baisse des ventes a accru la compétition entre les fabricants de smartphones, signe d’une élasticité-prix bien plus marquée sur ce segment de marché. Dans ce contexte, seuls les fabricants ayant des coûts suffisamment bas (même si The Economist ne le spécifie pas, on image que c’est en niveau ou pour des raisons d’échelle de production) pourront soutenir l’évolution du marché, ce qui rend la position des “petits” (LG , Sony, Nokia) difficile, voire intenable à terme. Quoiqu’il en soit, la maturité est ici également source de profits futurs, peut être moins sur les matériels que sur leurs compléments, les applications qui y sont nichées. Plus généralement, la question qui se pose est de savoir quelle est le produit qui va se substituer au smartphone dans le cycle de l’innovation: est ce que sera ces applications logicielles? des systèmes de télévision à la demande? des assistants domestiques? ou encore des montres connectées avec des applications de santé permettant divers types de surveillance médicale?

Paul Douglas (de la fonction éponyme de Cobb-Douglas)

La lecture de cet article permet en tout cas de pratiquer largement la microéconomie tant les notions de coûts, d’échelle de production, de concurrence, d’élasticités, de complémentarités et substituabilités sont au coeur de l’analyse présentée dans cet article, même si on a un peu de mal à s’y retrouver tant ils sont imbriqués. On aurait bien besoin d’une app de micro-économie pour y voir plus clair.

Armed with a crystal ball

Dans The Economist cette semaine est paru un article intitulé « Armed with a crystal ball». Cet article traite de l’ascension et de la performance d’une firme britannique Arm, récemment rachetée par un conglémérat japonais SoftBank. A première vue, l’histoire de Arm a tout de la success story: Arm conçoit des schémas de puces et depuis sa fondation en 1990, 130 milliards de puces issues de ses schémas ont été vendues dans le monde par ses clients. Ceux-ci achètent le code designé par Arm, et payent des royalties sur chaque produit contenant le schéma de la puce. Sur la période 2008-2017, porté par le développement des smartphones, le taux de croissance des processeurs à base de puces designées par Arm a été de 21%.

La jolie success story continue avec l’arrivée du prince charmant (Masayoshi Son, le fondateur de SoftBank) qui a racheté Arm en 2016 pour 27 milliards d’euros, soit 43% de plus que sa valeur de marché. Une telle survaleur pose une question simple: d’où vient la valeur économique de Arm?

Si l’on se réfère à Jean-Baptiste Say, “l’utilité [des] choses est le premier fondement de leur valeur “, c’est donc de l’utilité de ses puces vues par Masayoshi Son que nait cette valeur de 27 milliards d’euros. Sa vision de la valeur de Arm est tellement forte qu’il a même demandé à Arm de baisser ses profits distribués pour les re-investir dans l’embauche de talents et le renforcement de son capital humain. En suivant Say, la production de ces schémas de puces est une création de richesse par leur utilité.  Il faut dire que l’utilité potentielle des puces concues par Arm est assez impressionnante, d’après certaines projections, chaque personne pourrait être connectée dans le futur à plus de 1000 objets connectés (detecteur de trafic, assistants de santé, drones, “boxes” diverses et variées et
infrastructures de reseaux nécessaire pour faire fonctionner tout cela ensemble). Tout cela nécessite encore et encore plus de puces, dont les besoins se multiplient encore et encore.

Certes,  Arm n’est pas seule sur le marché: Intel est historiquement très présente dans les data centers, et des (schémas de) puces open-source peuvent se développer pour venir la concurrencer.

Arm a cependant une avance notable sur certains marchés, tels que l’automobile, où elles est présente depuis 1996 sur  les puces multifonctions pour voiture. Arm est donc très bien placée dans le secteur des voitures autonomes, secteur qui a d’énormes besoins de puces (pour rester en ligne droite sur la route, inclure des écrans de toutes sortes dans les véhicules, et une fois de plus faire fonctionner tout cela ensemble). Des estimations indiquent que les voitures autonomes ont au minimum 10 fois les besoins en puces des smartphones les plus puissants, ce qui fait en puissance 10 fois plus de royalties. Tout cela est bien joli, mais on continue cependant de se demander pourquoi le prince charmant a payé 43% de prime au dessus de la valeur de marché pour la dote de Arm.

Toujours fidèle à son Jean-Baptiste Say, The Economist propose une nouvelle source d’utilité qui expliquerait une telle survaleur. Logiquement, lorsque Apple, Netflix, Mastercard et consorts planifient leur développement, elles anticipent leurs besoins en puces et contactent Arm pour qu’elles développent les puces dont elles ont besoin. Arm  a donc a sa disposition une boule de cristal sur l’économie et la société, largement supérieur aux instruments de prédictions habituels (marchés, experts…). Et c’est les 43% seraient quelque part le prix de la boule de cristal. A titre d’exemple donné par The Economist, les anticipations des besoins en processeurs suggèrent qu’il n’y aura pas assez de lithium sur terre pour alimenter toutes les puces issues des schémas de Arm. Arm travaille donc sur des puces autoalimentées par mouvements ou de sources de rayonnement de faible intensité pour palier à ce défi. Des procédés issus des  travaux des laboratoires universitaires de Cambridge, toute proche, et autres institutions de recherche. La source de valeur, la boule de cristal servirait principalement à orienter les investissements d’Arm vers les technologies les plus prometteuses, en s’appuyant sur les travaux gracieusement fournis par la recherche universitaire.

The subscription addiction

Dans The Economist cette semaine est paru un article intitulé « The subscription addiction ». Cet article traite de l’engouement, voire l’addiction, actuels des entreprises pour les abonnements des consommateurs, notamment dans le domaine du divertissement numérique. L’occasion de voir en quoi la microéconomie sert à structurer quasiment tout type de problème économique. Continue reading “The subscription addiction”

Smile you’re on camera

Jonathan Pryce dans Brazil de Terry Gilliam

Dans The Economist du 31 mars est paru un article intitulé « Smile you’re on Camera », traitant de la collecte de données personnelles au travail. L’occasion de voir les liens entre intelligence artificielle, gestion des ressources humaines et fonction de production.

Continue reading “Smile you’re on camera”

Net gains

(crédit: Le Cil Vert)

Dans The Economist du 10 Mars 2018 est paru un article intitulé Net gains, traitant de l’installation de nouvelles fermes piscicoles en Norvège. Une application simple et directe de la théorie de la firme néoclassique en microéconomie. Le point de départ de l’article est l’installation de nouvelles infrastuctures géantes dans les fermes d’élevage de poisson norvegiennes.  Continue reading “Net gains”

How to rig an economy

Dans The Economist daté du 17 Février 2018 est paru un article intitulé « How to rig an economy», portant sur les professions reglementées aux Etats-Unis. Vu de France, les Etats-Unis sont souvent perçus comme le pays phare du libéralisme économique, mais est-ce vraiment le cas? Cet article présente quelque éléments sur les différentes régulations de marché que l’on peut recontrer lorsque l’on regarde en détail- au niveau microéconomique- la réalité du terrain. Continue reading “How to rig an economy”

The Price is Wrong

Dans The Economist daté du 10 Février 2018 est paru un article intitulé « The price is wrong», un titre souvent utilisé par The Economist d’ailleurs, et traitant de la politique économique égyptienne. L’occasion de voir et revoir l’analyse standard des marchés subventionnés, et ce qu’elle révèle des enjeux d’allocation et de distribution des ressources. Continue reading “The Price is Wrong”

All must have degrees

Katharine Ross \& Dustin Hoffman, The Graduate, Mike Nichols, 1967

Dans The Economist daté du 03 Février 2018 est paru un article intitulé « All must have degrees» traitant de l’inflation des diplômes d’enseignement supérieur dans les pays de l’OCDE . L’occasion de voir ce qui se passe dans le domaine de l’éducation et de l’enseigment supérieur dans une perspective large.

Le point de départ de l’article porte sur la croissance importante des dépenses liées à l’enseignement supérieur sur les 20 dernières années.  De 1995 à 2014,  les dépenses publiques pour l’enseignement supérieur sont passées de 0.9% à 1.1% du PIB dans les pays de l’OCDE et les dépenses privées de 1.2% à 1.5% du PIB. Ceci traduit, a priori, une hausse de la demande de diplômes d’enseigment supérieur (de “degrees”). Mais est-ce que cette hausse de la demande est une si bonne chose? Continue reading “All must have degrees”