Waste Not

Cette semaine dans The Economist est paru un article intitulé “Waste not: why Lithuanians cash in on their trash?”, une illustration parfaite de l’impact des incitations sur les comportements individuels.

 

L’article part d’un constat simple: lors des fêtes de Noël on offre des cadeaux… et on jette des emballages. En Grande-Bretagne, cette période voit une augmentation de plus de 30% des déchets plastiques, soit 3 millions de tonnes! L’article s’intéresse au cas de la Lituanie, où 74% du plastique est recyclé. C’est nettement mieux que les 42% de moyenne dans l’UE et surtout que les 30% français, le plus mauvais élève de l’UE avec la Finlande. Une question simple de microéconomie se pose alors: d’où vient cette différence des comportements?

Il se trouve que la Lituanie a introduit en 2016 un mécanisme de consigne avec un surcoût de 10 cents sur chaque bouteille plastique vendue, récupérable lorsque les bouteilles sont remises dans un container de recyclage. Pour identifier l’effet, The Economist mesure le taux de recyclage des bouteilles avant la mise en place du mécanisme de consigne (30% des bouteilles étaient recyclées) et après la mise en place du mécanisme de consigne ( 92% des bouteilles sont recyclées). Sur le recyclage total, cela représente une augmentation de 30%.

Pour la microéconomie cela illustre l’impact d’une petite incitation sur le comportement: même une “petite” consigne de 10 cents, en augmentant le coût du gaspillage de bouteilles plastiques non recyclées, permet de changer les comportements. Pourquoi? Parce que le coût à rapporter des bouteilles plastique au container, qui est pourtant une tâche complexe (elle implique au minimum: stockage à la maison, transport au supermarché, planification de ces tâches) est relativement faible et facilement compensé par le gain de 10 cents/bouteille. Bref, en changeant à la marge les coûts et les avantages, on peut changer de manière notoire l’équilibre: c’est de la microéconomie.

L’hebdomadaire, et c’est en cela sa force, n’est pas naïf quand à ses propres méthodes, et se permet de les discuter. Typiquement, ce n’est pas parce que l’on observe une différence entre avant et après que l’on identifie un effet causal. Par exemple, l’augmentation du taux de recyclage pourrait être lié à une prise de conscience écologique des Lituaniens, ou au fait que la consigne ne marche qu’en cas de conscience écologique forte. Ce n’est pas le cas apparemment: les Lituaniens sont les européens qui se sentent les moins concernés par l’environnement! Par ailleurs, l’hebdomadaire rappelle également qu’il faut toujours être précautionneux dans l’interprétation des “chiffres” et notamment connaitre les ordres de grandeur: en effet, les incitations ne sont pas si petites que cela: 10% de la population a moins de 245 euros/mois de ressources. A ce niveau de ressources, 10 cents-répétés sur de nombreux articles- représente une somme non négligeable mise en consigne.

L’article se conclue en posant les limites du mécanisme de consigne, par une comparaison avec l’Allemagne où ce type de mécanisme existe depuis longtemps. La consigne est certes efficace à un niveau individuel, mais au niveau collectif, les producteurs et les consommateurs ont un intérêt commun à conserver les bouteilles plastiques (les politiques aussi pour montrer qu’ils agissent pour l’environnement et que cela fonctionne). Trop d’incitations tuent l’incitation: personne dans ce cas n’a intérêt à changer le packaging pour qu’il devienne plus durable et moins consommateur de plastique.