Goblin Metal

Dans The Economist du 24 Mars 2018 est paru un article intitulé Goblin Metal, traitant du marché des minéraux destinés aux batteries de voitures électriques. Cet article permet d’illustrer la notion de substitution entre facteurs de production et l’importance de la forme des courbes d’offre sur un marché.

Le point de départ de l’article est la forte hausse de la demande et de la production de véhicules électriques. Une conséquence directe de l’explosion de ce marché est le besoin de puissantes batteries pour stocker et fournir de l’électricité à ces véhicules. Or pour chaque batterie de voiture, 10 kg de Cobalt sont nécessaires. En microéconomie de la firme, le Cobalt (ou ses dérivés) est donc un facteur de production essentiel des batteries de voitures, qui sont elles-mêmes des facteurs de production des voitures éléctriques.

Avant même d’envisager la demande de ce facteur de production par les entreprises produisant des batteries pour voitures électriques, The Economist se penche sur l’offre de Cobalt, soulignant que plus de la moitié des réserves mondiales se trouvent en République Démocratique du Congo, mais que le raffinage se fait loin du pays où le minéari est extrait. En effet,  80% des sulphates et des oxydes de Cobalt sont raffinés en Chine, et le reste  est raffiné principalement en Finlande.

Le marché du Cobalt est en ébullition : les quantités mondiales échangées ont été de 110 000 tonnes en 2017 et le prix a fortement augmenté récemment: de 26 500 $ la tonne en 2016, il a récemment atteint 90 000 $ la tonne. Afin de se prémunir comme cette hausse spectaculaire des prix, les fabricants de batteries, achètent la production à l’avance. De ce fait, le Colbat n’est plus seulement un facteur de production mais devient un actif recherché, montrant que tout facteur de production peut s’apparenter à un actif financier, dès lors que des croyances sur sa rareté future entrent en jeu.

En micréconomie du producteur, une question demeure sur la réaction des producteurs de batteries à cette hausse de prix. En effet, plutôt que d’achter la production à l’avance, une réaction possible à la hausse de prix est de modifier la combinaison des facteurs de production: puisque le Cobalt devient relativement plus cher que les autres facteurs de production employés pour fabriquer des batteries de voitures électriques, les entreprises peuvent chercher à lui substituer d’autres facteurs de production. Ceci est possible s’il existe des facteurs substituables au Cobalt. C’est apparement le cas du Nickel, qui peut être utilisé pour remplacer le Cobalt dans les batteries de voiture, produisant cependant des batteries de plus maigre qualité (en termes de durée de vie et de risque d’inflammation). Les entreprises ont en effet réagit en ces termes, puisqu’il y a apparemment jusqu’à 8 fois moins de Cobalt dans les batteries. La Figure suivante illustre ce mécanisme de substitution, pour un niveau de production donné:

On s’attend donc à ce que la demande de Nickel augmente en réponse à la hausse du prix du Cobalt. Une analyse comparée des prix du Cobalt et du  Nickel pose cependant une question. Comme l’indique la Figure suivante, alors que le prix du Cobalt a fortement augmenté, celui duNickel est resté stable:

Si la demande de Cobalt et de Nickel augmentent, comment se fait-il que le prix de l’un augmente et pas le prix de l’autre?

La réponse est à chercher dans l’offre de chacun de ces composants. En effet, le Cobalt est un sous-produit des mines de cuivre et de nickel. Son extraction est donc peut coûteuse tant qu’il reste un sous-produit. Cependant, les experts estiment qu’il est “cher” à miner pour lui-même indépendemment du cuivre par exemple. Pour un microéconomiste, son coût marginal de production seul est donc très élevé et très pentu et il n’est pas sûr que les prix actuels justifient son extraction seul. Cela a un impact direct sur la forme de sa courbe d’offre (qui est une courbe de coût marginal) : celle-ci est plutôt inélastique. Or sur un marché où l’offre est inélastique, toute variation de la demande se repercute intégralement en hausse des prix, comme l’illustre la Figure suivante:

Pour le Nickel, la situation est différente, car il existe du Nickel de haute qualité et du Nickel de basse qualité, aisé à produire. Dès lors que la demande augmente, le segment bas du marché peut être mobilisé pour absorber la demande supplémentaire: le Nickel de mauvaise qualité peut être mobilisé. L’offre de Nickel est ainsi bien plus élastique que celle de Cobalt. Or sur un marché où l’offre est élastique, une variation de la demande se repercute principalement en hausse des quantités échangée et peu en hausse des prix, comme l’illustre la Figure suivante:

L’évolution croisée des prix du Cobalt et Nickel est ainsi une bonne illustration de théorie microéconomique permettant de voir simplement la substitution entre facteurs de production et l’importance de la forme des courbes d’offre sur les prédictions à l’équilibre. Tout comme Gandalf dans le territoire des Gobelins, la microéconomie aide à se repérer et à structurer la compréhension de la situation, et d’éviter ainsi de rester piégé dans la caverne.

 

 

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