Armed with a crystal ball

Dans The Economist cette semaine est paru un article intitulé « Armed with a crystal ball». Cet article traite de l’ascension et de la performance d’une firme britannique Arm, récemment rachetée par un conglémérat japonais SoftBank. A première vue, l’histoire de Arm a tout de la success story: Arm conçoit des schémas de puces et depuis sa fondation en 1990, 130 milliards de puces issues de ses schémas ont été vendues dans le monde par ses clients. Ceux-ci achètent le code designé par Arm, et payent des royalties sur chaque produit contenant le schéma de la puce. Sur la période 2008-2017, porté par le développement des smartphones, le taux de croissance des processeurs à base de puces designées par Arm a été de 21%.

La jolie success story continue avec l’arrivée du prince charmant (Masayoshi Son, le fondateur de SoftBank) qui a racheté Arm en 2016 pour 27 milliards d’euros, soit 43% de plus que sa valeur de marché. Une telle survaleur pose une question simple: d’où vient la valeur économique de Arm?

Si l’on se réfère à Jean-Baptiste Say, “l’utilité [des] choses est le premier fondement de leur valeur “, c’est donc de l’utilité de ses puces vues par Masayoshi Son que nait cette valeur de 27 milliards d’euros. Sa vision de la valeur de Arm est tellement forte qu’il a même demandé à Arm de baisser ses profits distribués pour les re-investir dans l’embauche de talents et le renforcement de son capital humain. En suivant Say, la production de ces schémas de puces est une création de richesse par leur utilité.  Il faut dire que l’utilité potentielle des puces concues par Arm est assez impressionnante, d’après certaines projections, chaque personne pourrait être connectée dans le futur à plus de 1000 objets connectés (detecteur de trafic, assistants de santé, drones, “boxes” diverses et variées et
infrastructures de reseaux nécessaire pour faire fonctionner tout cela ensemble). Tout cela nécessite encore et encore plus de puces, dont les besoins se multiplient encore et encore.

Certes,  Arm n’est pas seule sur le marché: Intel est historiquement très présente dans les data centers, et des (schémas de) puces open-source peuvent se développer pour venir la concurrencer.

Arm a cependant une avance notable sur certains marchés, tels que l’automobile, où elles est présente depuis 1996 sur  les puces multifonctions pour voiture. Arm est donc très bien placée dans le secteur des voitures autonomes, secteur qui a d’énormes besoins de puces (pour rester en ligne droite sur la route, inclure des écrans de toutes sortes dans les véhicules, et une fois de plus faire fonctionner tout cela ensemble). Des estimations indiquent que les voitures autonomes ont au minimum 10 fois les besoins en puces des smartphones les plus puissants, ce qui fait en puissance 10 fois plus de royalties. Tout cela est bien joli, mais on continue cependant de se demander pourquoi le prince charmant a payé 43% de prime au dessus de la valeur de marché pour la dote de Arm.

Toujours fidèle à son Jean-Baptiste Say, The Economist propose une nouvelle source d’utilité qui expliquerait une telle survaleur. Logiquement, lorsque Apple, Netflix, Mastercard et consorts planifient leur développement, elles anticipent leurs besoins en puces et contactent Arm pour qu’elles développent les puces dont elles ont besoin. Arm  a donc a sa disposition une boule de cristal sur l’économie et la société, largement supérieur aux instruments de prédictions habituels (marchés, experts…). Et c’est les 43% seraient quelque part le prix de la boule de cristal. A titre d’exemple donné par The Economist, les anticipations des besoins en processeurs suggèrent qu’il n’y aura pas assez de lithium sur terre pour alimenter toutes les puces issues des schémas de Arm. Arm travaille donc sur des puces autoalimentées par mouvements ou de sources de rayonnement de faible intensité pour palier à ce défi. Des procédés issus des  travaux des laboratoires universitaires de Cambridge, toute proche, et autres institutions de recherche. La source de valeur, la boule de cristal servirait principalement à orienter les investissements d’Arm vers les technologies les plus prometteuses, en s’appuyant sur les travaux gracieusement fournis par la recherche universitaire.

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