All must have degrees

Katharine Ross \& Dustin Hoffman, The Graduate, Mike Nichols, 1967

Dans The Economist daté du 03 Février 2018 est paru un article intitulé « All must have degrees» traitant de l’inflation des diplômes d’enseignement supérieur dans les pays de l’OCDE . L’occasion de voir ce qui se passe dans le domaine de l’éducation et de l’enseigment supérieur dans une perspective large.

Le point de départ de l’article porte sur la croissance importante des dépenses liées à l’enseignement supérieur sur les 20 dernières années.  De 1995 à 2014,  les dépenses publiques pour l’enseignement supérieur sont passées de 0.9% à 1.1% du PIB dans les pays de l’OCDE et les dépenses privées de 1.2% à 1.5% du PIB. Ceci traduit, a priori, une hausse de la demande de diplômes d’enseigment supérieur (de “degrees”). Mais est-ce que cette hausse de la demande est une si bonne chose?

Les arguments pour un accroissement généralisé des diplômes et du nombre de diplômés sont connus: tout ceci est bon pour la croissance économique et en plus cela permet d’accroître la mobilité sociale. La
microéconomie du producteur nous enseigne cela: les travailleurs éduqués (diplomés) et les nouvelles technologies sont des facteurs complémentaires, qui ne peuvent être employés qu’ensemble pour générer une offre rentable. De ce point de vue, l’accroissement du niveau de qualification est une nécessité.

De fait, l’on observe une corrélation entre croissance économique et nombre de diplômés. Mais cette corrélation ne nous renseigne pas pour autant sur le sens de la causalité: est-ce le nombre de diplomés qui améliore l’efficacité de l’économie générant ainsi de la croissance ou est-ce au contraire la croissance qui permet aux familles d’avoir les moyens d’envoyer leur jeunes pousses à l’Université ? L’argument massue en faveur de première proposition s’appelle le “college premium”, c’est à dire la prime à l’enseignement supérieur. Les données montrent qu’effectivement, il est rentable d’aller à l’Université: les diplômés gagnant nettement plus que leurs homologues de lycée se présentant directement sur le marché du travail. L’Université est un secteur économique qui offre un rémunération du capital (les fonds investis dans l’éducation) et du travail (les heures passées à l’Université) supérieure à des placements alternatifs du capital et du travail, preuve de sa contribution à la création de valeur (à la croissance économique).

Les travaux de Montenegro et Patrinos (2014), cités par The Economist, montre la relative généralité de cet état de fait au niveau mondial, avec des rendements moyens tournant autour de 15% en moyenne.

source:Montenegro et Patrinos (2014), background paper for the World Development Report, World Bank

Le raisonnement et l’évaluation ne sont cependant valables qu’en moyenne, et la difficulté du raisonnement en moyenne est typiquement de ne pas prendre en compte l’hétérogénéité des diplômes et des formations. Par ailleurs, s’inscrire à l’Université ne veut pas dire obtenir un diplôme de l’enseigmenent supérieur: les fameux taux d’échecs en licence dans l’enseignement supérieur français sont là pour en témoigner. La prise en compte de des éléments peut réduire alors drastiquement l’optimisme des évaluations précédentes, voire les diviser de moitié si l’on retient l’approche un brin provocatrice de B. Kaplan dans The Case against Education: Why the Education System Is a Waste of Time and Money, paru aux Princeton University Press. De plus, le diplôme est également un bien de positionnement, qui tire sa valeur de la manière dont il est distribué dans la population. Les gains des uns – les diplômés- sont alors les pertes des autres – les non-diplômés, et ces pertes doivent être intégrées dans le calcul du College Premium.

La microéconomie du producteur nous enseigne également que les travailleurs qualifiés et les travailleurs non qualifiés sont des facteurs substituables et que l’évolution technologique (le “progrès technique” du 20ème siècle) biaise ainsi l’évolution des emplois, au détriment des travailleurs non qualifiés. La course au diplôme renforce encore plus ce phénomène pour ceux qui n’ont pas eu accès au diplôme: non seulement leur faible qualification les rend moins rentables, mais ils sont en plus concurrencés, sur ces mêmes emplois, par des travailleurs diplômés qui échouent à trouver un travail à haute qualification. Ainsi, au delà même de la notion de qualification, en cas de surproduction de diplômes, les travailleurs diplômés, qui peuvent se substituer aisément aux travailleurs non diplômés, vont occuper des emplois non qualifiés. Ainsi, 18 millions de diplômés US occupent désormais un poste qui était pourvu par un travailleur non qualifié dans les années 70. Le graphique suivant met en relation la part de diplômés (niveau licence) en 1970 et la part des diplômés en 2015, pour différents emplois. Il apparait clairement que pour une large majorité de professions, le niveau de diplôme a augmenté, alors même que la classification profesionnelle n’a pas foncièrement été modifiée.

Enfin, la question demeure de savoir si cette course à l’enseignement supérieure à un sens économique. Les statistiques fournies par The Economsite, suggère que pour certains professions (la santé, l’industrie, la finance) on observe une corrélation entre augmentation du niveau de qualification et augmentation du pouvoir d’achat des salaires (le “salaire réel” des économistes), cela n’est pas un cas général: de nombreuses professions de services, représentées en jaune sur le graphique suivant, la hausse du niveau de diplôme est allée de pair avec une baisse du pouvoir d’achat des salaires. Pour toutes ces professions, le College Premium est loin d’atteindre les fameux 15%…

 

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *