Chickenomics

Cette semaine dans The Economist est paru un article sur l’économie du poulet (“Chickenomics“), qui décrit l’extraordinaire développement du marché du poulet au niveau mondial, tel qu’il tient désormais le perchoir (“ruling the roost”). L’occasion de voir en quoi les principes microéconomiques de mesure comparative, de coût marginal et d’externalités sont essentiels pour saisir les phénomènes sur un marché d’une telle importance mondiale et sur ses conséquences.

Le point de départ de l’article, l’augmentation de 70% en 30 ans de la consommation de poulet est un exemple type du besoin d’avoir une situation de référence pour porter un jugement. La question qui se pose, et qui se poserait que l’augmentation de la consommation soit de 2%, de 17% ou de 104% est de savoir si cette augmentation est si remarquable que cela. En effet, l’augmentation de la consommation de poulet peut-être simplement une partie d’un mouvement plus global d’un changement de régime alimentaire, plus orienté vers la viande. Si c’est le cas, alors la consommation de toutes les viandes doit avoir augmenté.

Le premier graphique de l’article, reproduit ici, illustre l’importance d’avoir une situation de références pour juger de l’importance d’une mesure. En prenant comme point de référence le porc et le boeuf, on peut effectivement voir que la consommation de poulet a connu un véritable boom.

Désormais,23 des 30 milliards d’animaux de ferme sont des poulets. Face à l’évolution de cette production, se pose une difficile question d’identification: est ce que l’évolution est liée à une simple hausse de la demande (qui se traduirait alors par un mouvement du prix à la hausse), à une hausse de l’offre (qui se traduirait alors par un mouvement du prix à la baisse) ou aux deux. Une première indication nous montre l’importance de l’offre, puisque la livre (453,592 grammes) de poulet est passée de 1.92$ à 1.71$ (en prix réels) depuis les années 60, alors que la livre de boeuf est quant à elle passée de 1.17$ à 5.80$ (en prix réels) dans le même temps. L’offre s’est accrue du fait du nombre de poulet (à la marge extensive), mais également du fait de la taille des poulets (à la marge intensive),puisque le poids du poulet de 56 jours a été multipliée par plus de 4 en 50 ans: de 0.9 kg dans les années 1950, il est désormais de plus de 4 kg.

Une preuve supplémentaire de l’évolution de l’offre est lié aux inputs utilisés dans la production de poulets: de 2.5kg de grain pour 1kg de poulet en 1985, on est passé à 1.3kg de grain pour 1kg de poulet maintenant. A prix du grain constant, cela correspond à une baisse du coût marginal (synonyme d’une hausse de l’offre en microéconomie).

L’article s’intéresse également à la demande de poulet et montre clairement en quoi les déterminants de la demande (les préférences ici) influencent l’équilibre du marché (du poulet). Alors que les pays occidentaux préfèrent nettement le blanc de poulet, les pays asiatiques préfèrent les cuisses et les pattes. En conséquence, les prix de marché (toutes choses égales par ailleurs) révèlent ces préférences: le prix du blanc est 88% plus important que le prix des cuisses aux US mais il est 12% moins important que le prix des cuisses en Indonésie. Cette forte complémentarité des marchés au niveau international (les cuisses peuvent être vendues en Indonésie et les blancs aux Etats-Unis), explique pourquoi le poulet est un point très sensible des négociations commerciales internationales.

L’article se termine par une claire illustration de la notion d’externalités. Le boom du marché du poulet entraine des conditions d’élevage plus que difficiles pour les animaux. Economiquement, cela implique que le marché génère nombre d’externalités négatives pour les agents que sont poulets (difficile cependant de qualifier les poulets d’agents  véritablement “économiques” au sens où ils font face à peu d’arbitrages ayant peu de décisions à prendre). Au delà de leur décès (externalité négative qui peuvent être vue comme compensée par le fait d’avoir exister pour cela, discutable, mais au delà de notre perspective), la souffrance animale est la conséquence de l’échange sans que le poulet, en tant qu’agent, soit compensé pour sa souffrance. Améliorer les conditions d’élevage (et l’augmentation du coût de production qui va avec) peut donc être vu comme une manière d’internaliser une partie de l’externalité et de réduire le gaspillage de souffrance animale généré par le marché.

La conclusion de l’article ironise sur la différence entre préférences déclarées et préférences révélées. Dans une logique très microéconomique, The Economist opte clairement pour les préférences révélées en insistant que si il est à la mode de déclarer son intérêt pour les régimes détox à base de plante et de se désoler – dans le discours- de la surconsommation de viande, ce que révèle l’existence de 23 milliards de poulets est un amour fondamental du poulet: les choix révèlent les préférences.

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