How to rig an economy

Dans The Economist daté du 17 Février 2018 est paru un article intitulé « How to rig an economy», portant sur les professions reglementées aux Etats-Unis. Vu de France, les Etats-Unis sont souvent perçus comme le pays phare du libéralisme économique, mais est-ce vraiment le cas? Cet article présente quelque éléments sur les différentes régulations de marché que l’on peut recontrer lorsque l’on regarde en détail- au niveau microéconomique- la réalité du terrain.

L’article part d’un constat de longue période: en 1950, 1 travailleur sur 20 devait avoir un agrément pour exercer, la proportion atteint 1 travailleur sur 5 en 2017. Est-ce pour autant un indicateur d’une plus forte réglementation? Non, car cette dynamique peut être simplement due au développement des emplois de service, qui sont par nature plus réglementés du fait de leur qualité hétérogène. Une analyse basique du marché du travail   peut apporter quelques éléments pour comprendre la logique suivie dans l’article. Dans cette perspective, le marché du travail est vu comme le lieu de rencontre d’une offre de travail, de la part des travailleurs, et d’une demande de travail, de la part des entreprises, conduisant à la fixation d’un prix d’équilibre, le salaire. Bien que cette description du marché du travail ne tienne pas la route face à des representations plus sophistiquées, elle peut être utile en première analyse.  Sur un marché concurrentiel, réglementer une profession revient à fixer un quota. Comme l’indique la figure suivante, un quota augmente le prix coté “court”, c’est à dire génère une hausse de salaire dans la profession reglementée. De fait, selon The Economist, les salaires sont en moyenne 10% plus élevés dans les professions réglementées.

Les arguments recensés par The Economist en faveur de la règlementation du marché sont les suivants: le premier est que les consommateurs doivent être protégés de producteurs insuffisamment qualifiés, un quota assure ainsi une qualité minimum dans la profession en limitant l’afflux de producteurs marginaux de moindre qualité. L’hypothèse sous-jacente, courante en microéconomie du producteur est que seuls les plus efficaces sont sélectionnés en premier. La barrière à l’entrée permet ainsi d’empêcher des concurrent marginaux de se présenter. Les exemples moqueurs pris par The Economist pour illustrer cette recherche de qualité sont que dans 41 états américains les “artistes en maquillage” doivent  avoir une autorisation d’exercer,  et que 9 états demandent aux barmans de passer un examen pour pouvoir servir de la bière.

Les réglementations varient selon les niveaux d’étude. Au niveau du bac, 13% des travailleurs ont besoin d’une autorisation ou d’un agrément pour exercer leur profession. Au niveau bac +5, la proportion atteint 45%.  La figure suivant montre les professions les plus reglementées:

Source: The Economist

L’impact sur les salaires est aligné sur ces disparités: l’impact serait de 4-5% de salaire en plus pour les 30% les plus pauvres et de 10-24% de salaire en plus pour les 30% les plus riches. L’écart atteindrait  + 23% en droit, lorsque les salaires sont comparés à des niveaux d’études similaires. Selon The Economist, réduire les barrières à l’entrée dans certaines professions serait une manière efficace de réduire les inégalités salariales.

L’impact économique des professions réglementées ne se limite pas au marché du travail. La microéconomie du producteur nous rappelle que l’offre des entreprises est alignée sur leur coût marginal de production. Ainsi, dès qu’une activité économique doit faire un appel important à un secteur très protégé, le secteur juridique dans l’exemple de The Economist, le haut niveau de rémunération induit par les barrières à l’entrée va se répercuter sur  le coût marginal des entreprises, réduire leur offre et pousser les prix à la hausse. La question qui n’est pas tranchée ici est de savoir si cet effet est significatif. Si l’argument a du sens théoriquement, reste à savoir si il a du sens quantitativement, si par exemple le coût du secteur des avocats et hommes de loi aux U.S impacte de manière importante les conditions économiques de  la plupart des firmes. Quoiqu’il en soit, cet article montre bien en quoi la maitrise de l’équilibre économique est central pour structurer une argumentation, qu’elle soit ici pour ou contre les professions reglementées.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *